Depuis son coup d’envoi en 2006, et pour sa cinquième édition, la Semaine pour les Alternatives aux Pesticides, qui vient d’être lancée en France jusqu’au 30 mars, apparaît comme l’événement fédérateur permettant de démontrer que l’on peut et que l’on doit aujourd’hui se passer des pesticides.
A cette occasion des actions citoyennes démontreront un peu partout dans le pays les risques désormais inacceptables, tant aux plans sanitaires qu’environnementaux, liés à l’utilisation des produits phytosanitaires. L’ensemble des acteurs impliqués dans cette démarche entend prouver que des alternatives aux traitements chimiques existent et qu’elles sont viables.
Ces composés ne sont pas anodins. Selon l’Acap, la France utilise quelque 76.000 tonnes de pesticides par an, dont les 9/10 affectent l’agriculture, ce qui place notre pays au premier rang des utilisateurs européens de ces produits chimiques.
Ce lamentable constat se traduit dans nos assiettes par d’importantes concentrations que supportent 44% de nos fruits et légumes, dont 6% restent dangereuses, parce que dépassant les limites légales (LMR).
Un rapport diligenté en 2006 par l’UE démontrait déjà, que ces concentrations de pesticides détectés présentaient un risque aigu pour la santé publique. Plus grave encore, parmi eux, cinq produits, pourtant encore légalement vendus dans l’Union Européenne, étaient classées comme cancérigènes, mutagènes, toxiques pour la reproduction, ou perturbateurs pour le système hormonal.
Ce risque pour la santé publique est beaucoup plus présent qu’on peut l’imaginer, comme en témoigne un rapport conjoint émanant de la Mutualité Sociale Agricole (MSA) et du laboratoire Grecan. Contrairement aux idées reçues, il se manifeste le plus souvent sous la forme d’intoxications aiguës, liées aux accidents d’épandage, dont on recense jusqu’à deux cents cas par an en France. Viennent ensuite des intoxications chroniques, qui affectent les consommateurs, mais aussi à présent de plus en plus d’agriculteurs et de producteurs, sous la forme de cancers, maladies neurologiques, et perturbation du système hormonal.
L’American journal of Clinical Nutrition (AJCN) a publié les résultats de cent soixante-deux études comparatives entre aliments bios et conventionnels.
Bien que contestés par le MDRGF (Mouvement pour les droits et le respect des générations futures), ces résultats ont pourtant le mérite de mettre en évidence des différences significatives favorables aux aliments bios, notamment pour six catégories de nutriments importants.
Les végétaux bios contiennent ainsi en moyenne plus de magnésium, de zinc, de composés phénoliques, de flavonoïdes, de sucres et de matière sèche que les cultures intensives, qui contiennent, elles, plus d’azote. De même les produits animaux bios contiennent plus de certains acides gras que leurs homologues non bios.
François Veillerette, Président du MDRGF, regrette cependant qu’intentionnellement, ces conclusions n’aient pas mis l’accent sur l’absence de résidus de pesticides dans les aliments bios comme étant un élément favorable à la santé.
Pour sa part, il met en avant une étude de l’INRA, publiée en janvier dernier, qui affirme qu’une réduction d’environ 30% du recours aux pesticides serait possible, sans bouleversement majeur des systèmes de production. En effet, les scientifiques agronomes y soulignent, que dans ce scénario, les marges pour les grandes cultures seraient peu affectées, puisque la baisse de leur production serait à peine de l’ordre de – 6%.
L’étude de l’INRA a par ailleurs défini les modalités de conception d’un réseau d’acquisition et de diffusion de références agronomiques. Ces résultats doivent être mobilisés pour la mise en place du réseau de fermes de références, d’expérimentation et de démonstration, prévu par le plan ministériel Ecophyto 2018.
On rappellera que la loi de programmation relative au Grenelle de l’environnement fixe l’objectif de réduire de moitié les usages des produits phytopharmaceutiques en 10 ans en accélérant la diffusion de méthodes alternatives sous réserve de leur mise au point.
J2L, le lundi 22 Mars 2010.